vendredi, 12 octobre 2007
Réponse à un courrier qui parle d'une lettre...
Je découvre, effaré, ce courrier des lecteurs. Comment peut-on écrire des tels inepties ? Comment peut-on les publier ?
M. Jean-Paul Blatz, Strasbourg :
« Comme professeur d'éducation civique, juridique et sociale, on m'a demandé de lire, en présence de mes élèves, la lettre de Guy Môquet, le 22 octobre 2007. Je refuse de le faire.
Pour nous, enseignants de l'école républicaine, nos maîtres sont à l'université et non ailleurs. Je pense en particulier à Marc Bloch, historien et professeur à l'université de Strasbourg, fusillé par les nazis le 16 juin 1944. Fidèle à l'esprit qui l'animait, nous ne pouvons que condamner l'instrumentalisation qui est faite actuellement de la lettre de Guy Môquet à des fins électoralistes -par un ancien candidat à l'élection présidentielle-, et partisanes -par un entraîneur de rugby.
Je remplace cette lecture par un travail avec mes élèves sur le respect des droits de l'homme aujourd'hui dans mon pays. Nous rappelant la place éminente tenue par les étrangers dans la résistance au nazisme en France, nous analyserons, à partir d'articles de presse, l'attitude vis-à-vis des étrangers aujourd'hui dans notre pays : tests ADN pour les étrangers, fichage des enfants étrangers dans les écoles publiques, expulsion d'enfants étrangers et de leurs parents...
Guy Môquet achevait ainsi sa lettre : « Vous tous qui restez, soyez dignes de nous qui allons mourir ». C'est notre manière à nous, éducateurs et enseignants de la République, de témoigner de notre fidélité aux idéaux de la Résistance et à ceux qui les incarnaient. Face aux jeunes de notre pays et face à ceux qui nous gouvernent. »
J’apprends qu’on aurait un problème avec les droits de l’homme dans notre Pays. Je ne connais pourtant aucune dictature ou aucun régime autoritaire qui laisserait passer de tels écrits !
Je recherche aussitôt la définition d’Eminent(e) dans mon petit Robert voilà ce que je trouve : Supérieur remarquable, au-dessus des autres … A vous de juger !
J’apprécie particulièrement le rapprochement fait entre nazisme et « l'attitude vis-à-vis des étrangers aujourd'hui dans notre pays ». Encore un "courageux" qui n’a pas fait la guerre mais qui a son idée sur l’attitude qu’il aurait eu.
Cerise sur le gâteau l’auteur de ce courrier est enseignant. Si cela ne s’appelle pas faire de l’endoctrinement... Son attitude ne s'inspirerait-elle pas de méthodes éprouvées par des régimes autoritaires ? Ce monsieur est-il dans son rôle ? Songe-t-il à donner + 10 points uniquement aux élèves qui partagent ses opinions ?
Je demande aux enfants s’ils connaissent ce Jean-Paul Blatz. Dieu merci, aucun ne l’a en cours. Je leur rappelle tout de même que si, le 22 octobre prochain (et même les autres jours!), un de leurs professeurs tente de les endoctriner, ils devront résister et ne pas hésiter à répondre à ce professeur. Pour info, nous avons souhaité qu’ils fassent "les deux écoles" pour qu'ils soient intellectuellement libres…
Je profite de l'occasion pour mettre en ligne la fameuse lettre de Guy Môquet puisque certains élèves ne pourront peut-être pas l'entendre.
Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,
Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi.
Certes, j’aurai voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino [1]. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !
J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge, qui je l’escompte sera fier de les porter un jour.
A toi, petit Papa, si je t’ai fait, ainsi qu’à petite Maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée. Un dernier adieu à tous mes amis et à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demi ! Ma vie a été courte !
Je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous.
Je vais mourir avec Tintin, Michels [2].
Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine. Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi Maman, Serge, Papa, je vous embrasse de tout mon cœur d’enfant.
Courage !
Votre Guy qui vous aime
Dernières pensées : "Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !"
Pour avoir des enfants parfaitement éduqués, je leur fais aussi découvrir cette lettre, davantage dans la tradition familiale…
Dernière lettre du Commandant Louis Mazaudier
Fusillé le 5 juin 1944 à Vieugy
Petite Maman, petite Licette, petit Pierrot,
Mes Chéris,
J’ai déjà essayé de vous faire sortir une lettre de ma prison, je ne sais pas si elle a pu vous arriver, aussi, j’essaie de nouveau une autre tentative.
Ma situation n’a pas changé, j’ai été arrêté le 25 mai à Annecy où je suis pour le moment incarcéré. Je sais que je ne sortirai que pour être fusillé, car l’on connaît exactement mon activité et ma responsabilité dans la Résistance. J’ai été vendu ; on prend son parti de tout, même d’être fusillé. J’aurai le courage, il m’en faut.
Du fond de ma cellule ma pensée vogue constamment vers mes chéris. Je pense à mon petit Pierrot, que je chéris tant et que je connais si peu. Je pense à la vie que nous aurions menée avec toi, ma petite Licette adorée, auprès de notre petit Pierrot, qui aurait grandi près de nous. Mais c’est un beau rêve qui ne se réalisera pas. Je pense à toi, petite maman, je pense au chagrin que te causera ma mort. Pourtant ta vie n’aura pas déjà été si gaie, tu mérites un peu de joie dans ta vieillesse, mais ayez du courage, sachez vous remonter ; il m’en faut à moi pour vous quitter ! J’aurai tant aimé pouvoir vous serrer dans mes bras, tous les 3, avant de mourir, mais je sais qu’il ne faut pas y compter, et que l’on accorde pas cette dernière joie.
Comme tant d’autres, j’ai donné ma vie à la France, ce n’est pas un sacrifice inutile, j’ai ma confiance absolue dans l’avenir de la France.
Petite Licette, je te laisse notre petit Pierrot, je te demande de l’élever comme je l’aurais fait moi-même. C’est là mon vœu le plus cher. Fais-en un homme propre, qui sache faire passer l’intérêt de la France avant l’égoïsme personnel. Il y a plus de joies dans une telle vie que dans celle du jouisseur égoïste. Petite Licette, je reconnais en toi l’épouse admirable, l’épouse forte et courageuse des mauvais jours. Cela aura été pour moi un grand soutien. J’emporterai avec mon amour pour toi le plus tendre et réconfortant souvenir.
Petite Maman, je ne pense pas à toi sans me rappeler toute ma jeunesse, toute mon enfance entourée d’amour maternel et de tes caresses, c’est pour moi le souvenir le plus doux.
Ma plus grande tristesse, c’est de ne t’avoir presque pas connu, petit Pierrot chéri, de n’avoir pas connu le petit bonhomme gai, remuant, plein de vie et de tendresse que tu es. Tu es jeune, tout petit, tu ne garderas de moi qu’un très vague souvenir. Ecoute bien petite Maman chérie, aime-la bien comme elle t’aime, ce sera pour elle le meilleur réconfort.
Je vous embrasse tendrement.
Loulou
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dimanche, 08 avril 2007
Vous avez dit identité Nationale?
Controverse sur une image de Mahomet ( article paru dans le Figaro du 7/04/07 - Marie-Estelle Pech)
La miniature du Prophète a été "floutée" dans un livre d'histoire-géographie. Une forme d'"autocensure de l'éditeur" dénoncée par des défenseurs de la laïcité.
CERTAINS enseignants ont tendance à éviter les sujets qui fâchent en classe. Désormais, des éditeurs sont aussi enclins à l'autocensure. Le lycée Léonard-de-Vinci à Ecquevilly (Yvelines) a reçu à la rentrée scolaire un manuel d'histoire-géographie de cinquième édité par Belin, où le visage du Prophète Mahomet, sur une miniature du XIIIe siècle illustrant un chapitre consacré au monde musulman, avait été « flouté ». Des enseignants de l'établissement et le proviseur ont alors écrit à l'éditeur pour demander que les manuels « soient conformes au spécimen qu'ils avaient consulté avant de le choisir » et qui ne comportait pas de visage effacé. L'éditeur refuse aujourd'hui de reprendre les ouvrages et a justifié sa décision de modifier l'image pour « ne pas créer de problèmes avec des élèves », puisque l'islam interdit la représentation du prophète. « Il nous a proposé de nous renvoyer la page non floutée », précise-t-on au lycée.
Une «démarche contraire à celle de l'historien»
Animateur du site Internet www.atheisme.org, Jocelyn Bézecourt a dévoilé l'affaire pour dénoncer ce « cas d'autocensure ». Il estime que ce comportement conforte un petit nombre d'obscurantistes. De même au SNES, principal syndicat d'enseignants du secondaire, on se dit choqué, tout en précisant avoir tous les jours connaissance de tels problèmes. « De plus en plus d'enseignants préfèrent ne pas aborder certaines questions touchant à la religion. Il est regrettable que les éditeurs les relaient. » Pour Alice Cardoso, en charge du groupe histoire-géographie au Snes, il est « injustifiable de manipuler une source. Sur le fond, on ne peut que condamner ce procédé, c'est une démarche contraire à celle de l'historien ».
Selon Belin, la décision de floutage a été prise à l'été 2005. Bien longtemps donc avant que l'affaire des caricatures de Mahomet n'éclate. Marie-Claude Brossolet, PDG de la maison, ne regrette pas son choix, car un éditeur de manuel scolaire est responsable, selon elle « de la paix dans les classes ». Plusieurs enseignants, lors de la présentation du livre, avaient fait part du caractère provocant d'une telle représentation « et de la difficulté d'enseigner dans des classes hétérogènes où plusieurs nationalités et religions se côtoient », justifie-t-elle.
Les manuels d'histoire-géographie sont très exposés à la controverse : « Quand nous publions un texte de Théophile Gautier, on nous accuse d'antisémitisme, du fait des convictions du poète, et quand il s'agit d'une carte de France des langues, les organisations de défense de l'occitan nous appellent. » Belin estime qu'à chaque publication de ces manuels au moins un tiers des lecteurs sont en désaccord avec leur contenu.
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