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dimanche, 06 avril 2008
La Russie : L'avenir de l'Europe
Voilà un moment que je me questionne sur le traitement réservé à la Russie ainsi qu'à ses dirigeants. Est-elle moins démocratique que l’Arabie Saoudite, l’Iran, la Syrie , l’Algérie, le Maroc,… ? Les violences y sont-elles plus courantes ? La Mafia y est-elle plus développée qu’en Italie ou en France.
Ce traitement à deux vitesses me laisse dubitatif d’autant que pour les américanophobes, elle devrait logiquement constituer une alternative acceptable. Pourquoi ce discours à sens unique (pour ne pas dire la pensée !) de la part des diasporas européennes ?
Cette semaine, j’ai enfin pu entendre une nouvelles voix dans cet océan de bonnes paroles à travers un article paru le 4 avril dans le Figaro.
Cela me fait penser que le traitement réservé à la Chine n’est guère mieux d’autant que les manifestants d’aujourd’hui manifestaient hier (en 68 par exemple) grâce son importante aide financière et, cerise sur le gâteau, en se revendiquant de Mao alors qu’il venait d’annexer le Tibet…
Revenons-en à la Russie et découvrez le fameux article ci-dessous. La Chine fera quant à elle l’objet d’une nouvelle note.
La Russie sera-t-elle la dernière carte de l'Europe ?
Par Paul-Marie Coûteaux. Le député européen, directeur de l'Indépendance, rentre de Moscou, où il a découvert un pays en pleine expansion, qui devrait devenir un partenaire privilégié de l'Union européenne.
«Quelle ville ! Mon dernier rendez-vous était à 2 heures du matin», s'étonne mon voisin du vol Moscou-Paris, homme d'affaires français qui ne tarit pas d'éloges sur le nouvel eldorado russe. Il n'est pas seul à s'émerveiller : de ce journaliste d'un grand groupe de communication français qui crée une radio bientôt devenue la seconde à Moscou à cet entrepreneur des BTP découvrant à chaque voyage de nouveaux potentiels sibériens, combien sont ébahis par le décalage entre le discours ambiant sur la Russie , systématiquement dépréciatif, et ses innombrables promesses, ses capacités d'accueil, le dynamisme des entrepreneurs russes et la faveur réservée aux Français, écho à la vieille amitié franco-russe aujourd'hui en déshérence politique.
Aux yeux des divers maîtres de notre opinion publique, tout fait balle contre la Russie : la répression décrite comme féroce du terrorisme islamique, tchétchène ou autre, le rôle des mafias, le portrait d'une jeunesse vaguement houligane et livrée à la drogue, et par-dessus tout l'image dictatoriale de Poutine, chanson sur laquelle on a brodé à l'infini à l'occasion de l'élection du «dauphin» Medvedev, comme si un dictateur quittait de lui-même le pouvoir. Étonnante litanie de reproches contre un peuple qui soutient à l'évidence la politique de M. Poutine (lequel a, en huit ans, multiplié le pouvoir d'achat moyen par six) et paraît tout entier mobilisé au service de la prospérité de la «mère patrie» enfin un peuple qui ne se déteste pas lui-même : serait-ce son crime ?
Alors que la Russie est l'un des pays les mieux dotés en matières premières de toutes sortes, et le plus étendu du monde (sa superficie utile s'accroît à mesure des progrès techniques comme du dégel des mers septentrionales), alors qu'elle pourrait être le poumon inespéré d'une Europe anémiée, privée de perspective et de plus en plus dépendante pour ses approvisionnements essentiels, alors que la partie orientale de notre continent possède ce qui manque à sa partie occidentale et réciproquement, alors que, en un mot, les coopérations seraient naturelles dans de multiples domaines (y compris politiques et culturels), l'opinion est entretenue dans de récurrentes préventions. C'est au point qu'un magazine a fait sa couverture sur «la nouvelle menace russe» après une élection présidentielle dont il est à croire qu'on rêverait dans certains cercles qu'elle ait déstabilisée l'équipe dirigeante et rendu notre voisin aux épouvantables désordres des années Eltsine, dites «démocratiques» mais honnies par les Russes il est vrai qu'Eltsine et ses boys formés aux États-Unis furent utiles à nos alliés américains… Au reste, une démocratie occidentale qui transforme les courses présidentielles en drainage de «dons» et s'assoit sur les résultats de référendums populaires n'a plus guère de leçons à donner, d'autant moins à un pays qui l'a expérimentée pour le pire, qui a ses voies et traditions propres et n'entend pas, lui, se renier.
À l'évidence, la stigmatisation de la Russie a pour Washington et l'Otan l'avantage de reléguer dans les ténèbres extérieures un pays qui pourrait bien, s'il redressait sa démographie (à quoi s'emploie «l'ultranationaliste» Poutine), devenir l'une des premières puissances du monde. L'objectif est de séparer ce prometteur voisin d'une Europe de l'Ouest qu'il est ainsi beaucoup plus aisé de tenir sous contrôle. Divide ut regnes, la formule impériale est connue, mais il est désolant que les «élites» ou plutôt les oligarchies européennes tombent dans le piège il semble d'ailleurs que les géostratèges de Bruxelles s'ingénient à nier la composante orthodoxe de notre continent comme le montre, outre la russophobie de commande, l'époustouflante affaire du Kosovo où Bruxelles n'hésite pas à jouer contre elle la carte musulmane… C'est que l'enjeu est immense : qu'on s'imagine une «grande Europe» allant de Brest à Vladivostok comprenant une Sibérie qui n'est pas moins européenne que la Turquie et qui, libérant nos États, nos entreprises et nos peuples des carcans bureaucratiques de la vieille Union européenne, nous permettrait de participer librement à sa mise en valeur, comme nos partenaires russes le réclament.
Or, si l'Europe droguée à l'atlantisme ne se réunifie pas, si elle ne recouvre pas son indépendance et la conscience de ses intérêts à long terme face aux vraies menaces, celles d'un monde dont le centre est en train de quitter ses rivages, en un mot si nous ne comprenons pas que la Russie est pour le XXIe siècle notre meilleure carte, alors celle-ci se tournera vers d'autres alliances. Il faut écouter le récit des voyageurs du train Moscou-Pékin, il faut voir ces grandes villes sibériennes transformées en immenses chantiers aux mains de capitaux chinois, japonais ou arabes, il faut scruter les programmes du trop méconnu «groupe de Shanghai» (alliant notamment Chine, Russie, républiques d'Asie centrale et Iran (voir sur ce sujet le général Pierre-Marie Gallois in «Les Cahiers de L'indépendance» n° 4) pour sentir que l'Europe en général et la France en particulier doivent d'urgence repérer le futur pivot du monde, déjouant ainsi une marginalisation géopolitique annoncée et comme voulue par ses oligarchies.
La France pourrait être la maîtresse d'œuvre du renouveau européen : ce n'est pas par hasard que le gouvernement russe a choisi Paris pour accueillir bientôt le grand Centre de coopération en Europe qu'il a placé sous la houlette d'une femme politique de renom, Natalia Narotchnitskaïa, autour d'un livre bouleversant Que reste-t-il de notre victoire ? (éd. des Syrtes) ; elle y rappelle opportunément que, par deux fois au XXe siècle, la France doit au peuple russe d'avoir été sauvée de l'impérialisme allemand. Une fois encore, la conscience du passé dessine l'avenir. Hâtons-nous de retrouver la politique de la France ; le monde ne nous attendra pas.
12:46 Publié dans Mes humeurs | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : russie, europe, avenir, poutine, medvedev, pensée unique




Commentaires
Je fais partie de ceux qui pensent que l'avenir de l'Europe doit être européen, donc qu'l faut intégrer la Russie à l'Europe occidentale d'un point de vue géopolitique.
Ecrit par : STB | lundi, 07 avril 2008
"par deux fois au XXe siècle, la France doit au peuple russe d'avoir été sauvée de l'impérialisme allemand"...
... le sieur Coûteaux, "souverainiste" notoire, jacobin enragé, germanophobe sans pudeur, allergique à tout bilinguisme dans les frontières hexagonales, américanophobe obsessionnel et ennemi viscéral de la construction européenne, prend bien des libertés avec la vérité historique.
Il me semble qu'au contraire, pas grand-monde en Russie ne souhaitait faire la guerre contre l'Allemagne en 1914, le "pas grand-monde" s'étant changé en "pratiquement personne" au fil des résultats catastrophiques ; de plus, je crois me souvenir qu'en 1917, la Russie a abandonné le combat ; heureusement que... les Américains (quelle horreur) étaient là pour faire pencher la balance en faveur des Alliés de l'Ouest.
Il me semble également que jamais l'URSS n'aurait pu vaincre l'Allemagne nazie sans les performances industrielles remarquables de l'Amérique, laquelle a motorisé et équipé une large fraction de l'Armée rouge (en plus de sa propre armée et des armées britanniques).
Je crois me souvenir aussi que sans l'alliance et la présence américaines, nous aurions été rapidement soviétisés après 1945.
Au total, PMC ment en prétendant que la Russie nous aurait sauvé deux fois de l'impérialisme allemand (ce n'est qu'une fois, et cela n'a été possible que grâce aux USA). Il ment également en "oubliant" que l'Amérique, elle, nous a sauvés trois fois, deux fois de l'Allemagne et une fois de la Russie soviétique.
Ce que, naturellement, nous ne pouvons pardonner à l'Amérique.
J'ajoute une dernière précision : ces rectifications élémentaires ne font pas de moi un atlantiste.
Ecrit par : LMD | lundi, 07 avril 2008
Je vous exprime ma surprise et ma déception de voir un éminent blogueur s'étant récemment plaint de tentatives de limiter sa liberté d'expression, donner l'impression d'absoudre la Russie sur ce terrain. A ma connaissance, les journalistes américains ou français ne sont jamais assassinés, et les grands médias de ces deux pays ne se privent pas de traîner leur Président respectif dans la boue (surtout s'il est de Droite ou supposé tel). Ni de près ni de loin, la Russie ne fait partie de cette réalité occidentale, même si certaines lois scélérates spécifiques à la France (loi communiste Gayssot, loi chiraquienne anti-homophobie, etc) et inconcevables aux USA, nous rapprochent parfois d'elle.
Quant à la Mafia, elle pèse fort peu en France, déjà plus en Italie ou aux USA, mais en Russie, elle EST l'élite économique (dans les secteurs où le FSB, ex-KGB, n'occupe pas le terrain). Là non plus, votre comparaison ne saurait emporter la conviction.
Ecrit par : LMD | lundi, 07 avril 2008
Cher LMD,
En liminaire je tenais à vous dire que vous me manquiez notamment sur le blog de Daniel…
Je comprends votre étonnement mais avouez que la Russie n’est pas pire que la Chine, que Cuba, que le Venezuela, que l’Iran ou que l’Arabie Saoudite en terme de liberté de la Presse. C’est une jeune démocratie et il faut lui laisser du temps. Pour des raisons personnelles, j’ai plusieurs témoignages de personnes qui connaissent bien la Russie et qui me confirment régulièrement que tout n’est pas si noir que ce qu’on veut bien nous dire en Europe
Enfin, je considère que les pays Orthodoxes sont l’avenir de l’Europe bien lus que ne le sont les Etats d’orients.
Ecrit par : Johnny Halité | mardi, 08 avril 2008
Cher J.H., merci de votre amabilité.
Tout d'abord, des nouvelles (enfin, une, et déjà ancienne) de la liberté d'expression dans la blogosphère strasbourgeoise : le consternant Rillaud a craqué un jour et, après y avoir été incité par nombre de ses groupies apôtres et surtout apôtresses de la tolérance, a bloqué mon accès aux commentaires sur son site. J'aurais probablement pu tourner cette difficulté, mais l'effort (adresses ip provisoires, etc) n'aurait pas été justifié par la satisfaction attendue : 1° j'avais plus qu'amplement ridiculisé cet ectoplasme pontifiant 2° ce dernier commençait de donner la priorité à d'autres sujets que la Cutajarolâtrie et la Bayroumanie 3° la rumeur strasbourgeoise, comme certaines évolutions de son blogue, laissaient à penser que cet enragé commençait de perdre ses dents pour cause de grand âge ou d'épuisement (même un moulin à conneries, s'use), or, s'il peut parfois être amusant de tirer sur une ambulance, tirer sur un véhicule de l'ABRAPA, bof...
Enfin, concernant la Russie, je tiens à préciser que non seulement je ne suis pas atlantiste (je suis en fait américanoréaliste, donc pragmatique), mais je suis culturellement et esthétiquement russophile (mais là aussi, politiquement russoréaliste).
Nous ne sommes ni Américains ni Russes. Si en termes esthétiques les meilleurs des Européens ne peuvent que se sentir plus près des Russes, en termes politiques il en va je crois très différemment.
Certes, nos médias ne sont pas poutinophiles. Mais nos médias, que nous avons de bonnes raisons de haïr (leur complicité dans l'invasion ethno-religieuse que nous subissons, est patente, leur nullité générale est grande), ne disent pas QUE des conneries... Par ailleurs, si vous parlez de leurs allergies, n'oublions pas qu'ils passent le plus clair de leur temps à traîner le Président US dans la boue (j'admets qu'il y a de la matière), et au-delà (ce qui est plus grave), à caricaturer le fonctionnement du Système US - lequel n'est pas un enfer social ultra-individualiste où l'on refuse de soigner les non-titulaires d'une assurance médicale, pour ne prendre qu'un point parmi mille.
En revanche, je suis préoccupé d'une idéalisation excessive, infondée, du poutinisme. Ce phénomène est proche du prurit serbophile qui a envahi certains secteurs de la Droite française. L'islamophobie par procuration, (...) c'est pathétique puisque par procuration.
La fascination pour les beaux uniformes, les belles cérémonies militaires, les dirigeants blonds aux yeux bleus : merveilleux. Mais de là à laisser de telles considérations influencer une saine lucidité...
N'oublions pas notre haine du communisme, notre amour de l'ordre et notre amour de la liberté. Trois caractéristiques de la Droite la plus saine. Or, en Russie, le pouvoir (désolé de me répéter) est soit entre les mains de l'ex-KGB soit entre celles des mafias, et continue d'étouffer (après le tsarisme et le communisme) un peuple russe qui est en dernière analyse une partie de NOTRE peuple, et qui en conséquence mérite mieux que cela.
Quant à l'orthodoxie, elle réussit tout de même l'exploit d'être 1° bien plus anticatholique que l'immense majorité des Protestants (bravo pour l'unité des Chrétiens) 2° inefficace d'un point de vue missionnaire (plusieurs peuples musulmans, bouddhistes ou animistes sous la coupe russe durant des siècles, et combien de convertis ?) 3° encore plus archaïque dans son approche des réalités culturelles, sociales, économiques que les Cathos les plus intégristes ou les Evangéliques les plus hard (ce qui ne présage rien de bon pour l'avenir) 4° porteuse d'une culture de la veulerie devant le pouvoir politique, y compris celui, autrefois, de l'occupant musulman (d'ailleurs, qui a arrêté les Musulmans en Europe ? Les Byzantins ou les Catholiques aidés plus tard des Protestants ?)
Ecrit par : LMD | mardi, 08 avril 2008
Cher LMD,
Comment aurions nous pu être soviétisés en 1945, puisque sans l'intervention américaine dans le conflit, l'URSS aurait, selon vous, perdu la guerre face à l'Allemagne. Il y a dans votre raisonnement quelque chose qui m'échappe.
Ecrit par : coclés | vendredi, 11 avril 2008
Est-ce l'influence poutinienne ? :-)
Toujours est-il que j'ai comme l'impression qu'un commentaire de votre serviteur - commentaire pourtant modéré sur le fond comme dans son ton - a été "modéré" par le maître des lieux... :-(
(toutes mes excuses si l'explication du problème est banalement technique)
Ecrit par : LMD | vendredi, 11 avril 2008
Excellent, vous en parlerez à RG cette am, je serais colmarien
Ecrit par : JB | samedi, 12 avril 2008
Merci au maître des lieux (et tûtes mes excuses), point de censure ici, juste un peu de retard...
... j'espère tout de même que vous ne filez pas un mauvais coton, comme ce pauvre Riheaux ;-)
* * *
Coclès, vous n'êtes pas sérieux, les Ricains ne nous ont pas seulement libérés des Nazis en équipant l'Armée Rouge (cette précision n'était là que pour relativiser la performance soviétique dans cette guerre, l'autre relativisation étant la suivante : les méchants Yankees, EUX, n'avaient semble-t-il pas besoin de faire abattre par des commissaires politiques les hommes hésitants ou tentés par un recul, contrairement à l'Armée rouge à Stalingrad, entre autres), j'ai aussi entendu parler de certains débarquements... en Afrique du Nord puis en Italie, et aussi me dit-on en Normandie. Je maintiens donc mon résumé (certes résumé, mais c'est la loi du genre) : ils nous ont "sauvés" de l'Allemagne en 1917, des Nazis en 1944 et des Bolches ensuite - situation certes humiliante, mais bien réelle.
C'est précisément cela qui m'ennuie avec l'antiaméricanisme : à un moment donné, on se déconnecte de la réalité. Ce qui ne saurait être fondateur d'analyses pertinentes ni, par conséquent, prometteur de victoires...
Ecrit par : LMD | mardi, 15 avril 2008
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